Laboratoire Cognition, Langues, Langage, Ergonomie (CLLE)
UMR 5263


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Les verbes parasynthétiques en italien : une approche constructionnelle

le 2 mars 2017
14 h

Giusi Todaro, CLLE ERSS,Université Toulouse Jean Jaurès - Séminaire CLLE ERSS

Ce séminaire répond à la « formule doctorant » qui consiste à offrir aux doctorants la possibilité de présenter leur travail et de discuter certains points sur lesquels les avis bienveillants des membres de CLLE-ERSS sont attendus.
 
Ce séminaire reprend l’étude que j’ai réalisée pour ma thèse et concerne les procédés qui en littérature ont été définis comme « parasynthétiques ». L’analyse porte, notamment, sur une classification morphologique et sémantique des verbes parasynthétiques de l’italien. La définition de verbe parasynthétique courante en littérature remonte aux travaux de Darmesteter (1877) et fait référence aux caractéristiques formelles des verbes de cette classe, qui sont analysés comme des cas de double affixation simultanée sur une base de dérivation ([préf+[X]N/A+suff]V, cf. par exemple IMBARCARE en italien ou EMBARQUER en français). Cette particularité est motivée par l’impossibilité d’attester ceux qu’on appelle les ‘étapes intermédiaires’ de dérivation entre le nom (ou adjectif) de base et le verbe construit (cf. BARCA, *IMBARCA, *BARCARE en italien ou BARQUE, *IMBARQUE, *BARQUER en français). Cette définition relève d’une analyse morphemique, incrémentale et concaténative des verbes concernés et présuppose que les procédés de dérivation sont conçus comme des règles orientées. Dans cette proposition, au contraire, sont définis parasynthétiques tous les ‘verbes construits à partir d’un nom ou d’un adjectif par préfixation’. Cette définition s’appuie uniquement sur le paramètre d’appartenance des données au schéma [préf+[X]N/A]V (le suffixe est en réalité un suffixe flexionnel, cf. Corbin (1987), Montermini (2008) sur ce point). Selon le point de vue adopté dans cette analyse (qui se place à l’intérieur du cadre théorique de la Morphologie Constructionnelle (CxM), Booij (2010)), la non-attestation d’une forme est considérée comme un paramètre qui est non seulement insuffisamment fiable d’un point de vue empirique (les résultats varient selon le corpus de référence), mais aussi négligeable du point de vue d’une théorie morphologique basée sur l’idée de procédés non-orientés. L’analyse a été développée en utilisant des outils électroniques qui ont permis de récupérer de façon automatique une grande quantité de données à partir du corpus ItWaC (Baroni et al. (2009)). Les variables structurelles des verbes étudiés correspondent (i) au préfixe employé (a-, in-, s-, de- ou dis-), (ii) à la classe flexionnelle (-are ou -ire/-isc-) et (iii) à la catégorie de la base (nom ou adjectif). La valeur sémantique de chaque lexème n’est pas portée par le préfixe employé mais c’est le résultat de l’appartenance à une construction donnée qui, par définition, possède un sens holistique. En ce qui concerne l’aspect lexical, les verbes parasynthétiques sont analysés comme des lexèmes qui entretiennent des relations paradigmatiques avec d’autres lexèmes, selon un conditionnement analogique mutuel. Du point de vue sémantique, pour les verbes parasynthétiques de l’italien on a identifié les valeurs qui suivent : (i) changement d’état, (ii) changement de relation locative élémentaire (cf. Aurnague (2011)) qui concerne deux entités (une cible et un site, cf. Vandeloise (1986), Fradin (2003)) et (iii) valeur intensive/iterative. Pour les deux premières valeurs ((i) et (ii)) il a été proposé une analyse unifiée dans une même composante sémantique qui exprime un changement (formalisé au moyen du prédicat BECOME), alors que la valeur (iii) est exclue de la généralisation proposée.

 

 

Références :

- AURNAGUE, M. (2012). De l’espace à l’aspect : les bases ontologiques des procès de déplacement. Corela (en ligne), HS-12 (Langue, espace, cognition).

- BARONI, M., BERNARDINI, S., FERRARESI, A. e ZANCHETTA, E. (2009). The wacky wide web: A collection of very large linguistically processed web-crawled corpora. Language Resources and Evaluation, 43(3):209–226.

- BOOIJ, G. (2010). Construction Morphology. Oxford University Press, Oxford.

- CORBIN, D. (1987). Morphologie dérivationnelle et structuration du lexique. Niemeyer, Tübingen.

- DARMESTETER, A. (1877). De la création actuelle de mots nouveaux dans la langue française et des lois qui la régissent. Vieweg, Paris.

- FRADIN, B. (2003). Nouvelles approches en morphologie. Presses universitaires de France, Paris.

- MONTERMINI, F. (2008). Il lato sinistro della morfologia. La prefissazione in italiano e nelle lingue del mondo. Franco Angeli, Milano.

- VANDELOISE, C. (1986). L’espace en français. Le Seuil, Paris.


Lieu(x) :
E412 - MDR

 

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