Laboratoire Cognition, Langues, Langage, Ergonomie (CLLE)
UMR 5263


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« Tout à fait Thierry ! » et d’autres usages d’un adverbe de complétude

le 29 juin 2017
14 h

Anna Berdah, CLLE-ERSS, Université Toulouse Jean Jaurès

La proximité des adverbes dits « de complétude » (tout à fait, complètement, entièrement, totalement, etc.) et des adverbes d’intensité (beaucoup, bien, énormément, etc.) soulève la question du rapport entre quantification, intensité et scalarité. Dans leurs emplois qualitatifs, ces adverbes sont interprétés comme les marqueurs de l’adéquation du prédicat à la situation (Robert 1990, Lenepveu 2013). Tout à fait semble avoir la même valeur, d’où la question de savoir comment cerner l’apport spécifique de chaque adverbe. Laurent Gosselin considère que tous les adverbes exprimant la quantification et/ou l’intensité, ainsi que vraiment, faiblement, etc. – et probablement les adverbes de complétude - remplissent le rôle de spécificateurs du degré de validation du prédicat. Ce point de vue place sur une même échelle les adverbes qui manifestent des propriétés différentes et ne mettent pas en jeu les mêmes oppositions différentielles.

Parmi tous ces adverbes, tout à fait n’a bénéficié, à notre connaissance, d’aucune description linguistique, ni en diachronie pour expliquer l’émergence de cette expression, ni en synchronie pour préciser son rôle dans l’énoncé. Nous proposerons, dans la première partie du séminaire, une description générale de tout à fait, incluant un bref aperçu diachronique, le répertoire des constructions auxquelles il participe, pour nous centrer ensuite sur l’examen de la compatibilité de tout à fait avec différents types de prédicats. Cet examen a pour but de faire ressortir les contraintes que tout à fait exerce sur les prédicats qu’il accompagne et qui constituent, selon nous, ses traits sémantiques distinctifs.

La seconde partie sera consacrée aux emplois dialogaux de tout à fait. Nous essayerons d’analyser le processus de pragmaticalisation que tout à fait a subi ainsi que sa place parmi les adverbes de validation dialogale.

Références

Bat-Zeev Shyldkrot, S. Adler, M. Asnes (éds.) (2014), Précis et imprécis. Études sur l’approximation et la précision, Paris, Honoré Champion. 
Gauchola R. (2010), « La quantification dans les adverbes en –ment : un cas particulier de scalarité », Langue française, n° 165, pp. 69-81.
Gezundhajt H. (2000), Adverbes en –ment et opérations énonciatives, Bern, Peter Lang.
Gosselin L. (2010), Les modalités en français : la validation des représentations, Amsterdam – New York, Rodopi.
Hadermann P., Pierrard M., Van Raemdonck D., (2010) « La scalarité dans tous ses aspects », Langue française n°165, pp. 3-15.
Lasersohn P. (1999), « Pragmatic halos », Language, Vol. 75, n° 3, pp. 522-551
Lenepveu V. (2013), « De la complétude à l’intensité : totalement, entièrement et complètement », Langue française 177, 95-109.
Martin R. (1990), « Pour une approche vériconditionnelle de l'adverbe bien », Langue française, Vol. 88, n°1, pp. 80-89.
Molinier C. & Levrier F. (2000), Grammaire des adverbes. Description des formes en ‘-ment’, Genève/Paris, Droz.
Romero C. (2007), « Pour une définition générale de l'intensité dans le langage », Travaux de linguistique, 54, p. 57-68.



L'équipe CLLE-ERSS organise un séminaire un jeudi sur deux, de 14h00 à 16h00 (voir le programme complet).
Ces séminaires sont organisés en 2 parties :
    • 14h-15h : exposé scientifique accessible à un chercheur non spécialiste intéressé par la question
    • 15h-16h: deuxième partie plus ciblée et spécialisée


Lieu(x) :
Salle E412 - MDR

 

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