Dire « oui » ou comment signifier son acquiescement

Publié le 23 septembre 2016 Mis à jour le 26 octobre 2016
le 6 octobre 2016
14 h
Salle E412 - Maison de la Recherche

Marie-Dominique Joffre, professeure de linguistique latine (Université de Poitiers)

Dire « oui » ou comment signifier son acquiescement.
Examen des procédés attestés chez Plaute et dans le Querolus

Alors que les langues romanes possèdent un ou deux termes spécifiques pour signifier, souligner, dans un dialogue, l’acquiescement : oui, si, il n’en n’est rien pour le latin. La lecture des comédies de Plaute, œuvres qui offrent un reflet fiable du sermo quotidianus, certes dégagé des scories qui devaient immanquablement charger l’oral du milieu du II° siècle a.C., font apparaître de multiples procédés :

-reprise d’un terme utilisé par l’interlocuteur : Merc. 519 : Possin tu […] nere ?           - Possum.

-adverbe : Merc. 535 Certo « assurément, tout à fait ».

-terme faisant la synthèse des propos de l’interlocuteur : Merc. 522 Em istuc censeo (en réponse à une proposition de l’interlocuteur) « C’est exactement ce que je pense. »

                                                                                          Men. 346 Mones quidem Hercle recte (en réaction à une démonstration de l’interlocuteur) « Assurément, par Hercule, ce que tu expliques est juste. »

 On s’aperçoit également que très souvent ces reprises de dialogue sont soulignées par des particules : em, equidem, immo, etc., et surtout les interjections Pol, Edepol, Hercle, (prise à témoin des dieux Pollux et Hercule).

 La question est complexe. En l’absence de marquant spécifique, tout repose sur l’intuition du traducteur et le risque est de « forcer » le texte en imaginant ce qu’il ne contient pas. D’autre part, un locuteur francophone ne doit pas se laisser influencer par l’utilisation de oui dont le domaine d’emploi est extrêmement vaste et qui n’est probablement pas superposable à ce que pouvait être celui du latin. Pour ne pas nous engager dans une recherche onomasiologique périlleuse, on s’intéressera à l’expression de l’acquiescement dans l’échange des propos : la réponse positive est-elle centrée sur le locuteur (censeo) ou orientée vers le co-énonciateur (mones) ? Quel rôle jouent les particules et interjections ? L’important n’est-il pas de distinguer les différentes appréciations que le locuteur porte sur les propos de son co-énonciateur, de voir sur quoi précisément (ensemble du propos, partie, ou simplement le fait d’avoir entendu le message) porte l’acquiescement.

Le second problème abordé sera celui de la genèse des procédés utilisés dans les langues romanes (à l’exception du roumain), si, oc, oil. L’examen des données relevées dans une comédie anonyme, Le Querolus, écrite au V° siècle p.C., permettra d’entrevoir leur émergence et de ramener le phénomène à celui très général de l’anaphore.

 
Organisation de la séance
 :

 Après l’exposé des faits latins, j’aimerais que la seconde heure soit consacrée à un échange de points de vue et à une discussion qui me permettent de revoir ou d’enrichir mes conclusions, notamment à propos de l’anaphore, de la fonction pragmatique et phatique de oui. J’ai en effet conscience que mon information bibliographique concernant les langues modernes est très lacunaire.