De la langue tachelhit à l’écriture arabe : Quand l’imaginaire des enfants oriente la propédeutique de l’apprentissage (Maroc)

Publié le 21 juin 2019 Mis à jour le 13 janvier 2020
le 15 mai 2020 F417

Romain Simenel - Patrimoines locaux, Environnement et Globalisation (UMR 208), Institut de Recherche pour le Développement - Séminaire CLLE LTC (14 h/16 h)

Dans les régions berbérophones du Sud-Ouest marocain, les conceptions culturelles de la transmission de la langue tachelhit et de l’écriture arabe sont très différentes. La langue tachelhit est en effet considérée localement comme une substance transmise principalement par le lait maternel alors que l’écriture arabe découle d’une révélation prophétique. La langue tachelhit et l’écriture arabe ont cependant en commun d’être pensées comme transmises directement, par un lien biologique ou divin. Ces conceptions induisent des formes d’apprentissage en partie horizontal qui laissent une marge de manœuvre importante aux enfants dans leur manière d’apprendre à parler la langue tachelhit et à écrire l’arabe coranique. Les enfants de ces régions sont ainsi orientés pédagogiquement à créer entre eux leur propre système d’apprentissage de la langue et de l’écriture, le plus souvent en mobilisant leur imagination tirée de leur expérience avec l’environnement. Cet apprentissage de la langue et de l’écriture se déroule dans deux lieux différents, la forêt et la madrasa. Toutefois, les opérations de l’esprit mobilisées dans l’apprentissage de la langue tachelhit et dans l’apprentissage de l’écriture arabe sont les mêmes : reconnaissance des similitudes physionomiques, figuration mentale, métaphorisation des formes, décodage des formules verbales. Cela est en partie explicable par le fait que l’imagination mobilisée par les élèves dans la mnémotechnie de l’arabe coranique est exprimée, tout du moins les premières années, en langue tachelhit. Après avoir présenté les deux cas d’apprentissage, celui de la langue dans la forêt et de l’écriture dans la madrasa, cet exposé propose de réfléchir sur mécanismes de transfert et de propédeutique agissant dans l’apprentissage de la langue et de l’écriture en contexte de bilinguisme.