Séminaires OCRE

    
    

Année universitaire 2022-2023

      
Séminaire OCRE
22/09/2022, 14h

Mallorie Labrousse (Universitat Autònoma de Barcelona – Centre de Lingüística Teòrica)
Salle: D155, Maison de la recherche
   

Variantes possessives : ressemblances et dissemblances entre l’occitan et le catalan

Les variantes possessives de l’occitan et du catalan sont une des preuves indéniables de tout ce qui unit ces deux langues tant sur le plan morphosyntaxique que sur le plan sociolinguistique. Dans cette communication pour le séminaire du groupe de recherche OCRE, nous nous centrerons sur deux phénomènes variationnels : la concurrence des constructions art+pos+N et pos+N et celle des formes dérivées de SUUS et d’ILLORUM pour la 6e personne. Nous nous demanderons si la sélection des variantes est motivée et si elle l’est toujours de la même façon dans les deux aires linguistiques. Nous donnerons un aperçu des points communs et des différences entre l’occitan et le catalan quant à l’évolution de ces alternances. Finalement, toujours dans une perspective contrastive, nous nous interrogerons sur l’incidence du contact linguistique et du processus de standardisation sur ces évolutions dans chacune des deux langues.

Séminaire OCRE
20/10/2022, 14h

Océane Abrard (CLLE, Université Toulouse Jean Jaurès)
Salle: D155, Maison de la recherche
  

La polysémie de type métonymique à la lumière de la diversité linguistique: étude de cas
 

La coprédication est définie dans la littérature comme un phénomène qui apparaît lorsque deux (ou plusieurs) prédicats portent sur un seul et même argument simultanément, mais en sélectionnant deux sens différents (Cruse, 1986 ; Gotham, 2017 ; Dölling, 2020). Le test de coprédication est généralement utilisé pour déterminer si des noms comme ceux soulignés dans les phrases suivantes présentent une variation du type des facettes de sens (1) ou de la polysémie standard (2).

1. Ce gros livre est incompréhensible. [contenu et objet physique]

2. ? Ce veau est rapide et tendre. [animal et viande]

En effet, la coprédication est censée produire des phrases acceptables dans le cas de noms à facettes comme dans l’exemple avec le nom livre (1). Dans le cas d’un nom polysémique comme veau dans l’exemple (2), on s’attend à ce que l’application de la coprédication échoue et crée un « zeugme » (Cruse 1986) en raison du fait que les différents sens d’un nom polysémique tel que veau sont systématiquement en conflit.

Or, c’est en partie l’usage de ce test de coprédication qui mène certains auteurs à décrire le fonctionnement de noms comme livre (1) et construction (2) selon le même procédé très générique de polysémie logique ou polysémie inhérente  (Pustejovsky, 1995 ; 2005 ; Arapinis et Vieu, 2015) :

3. Cette immense construction a été achevée l’année dernière. [action et résultat]

Dans notre travail, nous soutenons cependant que les noms livre et construction ne reposent pas sur le même mécanisme de fonctionnement sémantique, mais appartiennent respectivement à la classe des noms à facettes de sens et des noms relevant de la métonymie action/résultat. Pour cette présentation, nous reviendrons sur les caractéristiques et les limites du test de coprédication. Sur cette base, nous proposerons alors une nouvelle approche pour la classification des noms comme construction mettant à profit la diversité linguistique.
 

Bibliographie :

Arapinis, A., & Vieu, L. (2015). A plea for complex categories in ontologies. Applied Ontology, 10(34), 285296. https://doi.org/10.3233/AO-150156

Cruse, D. A. (1986). Lexical semantics. Cambridge: Cambridge University Press.

Dölling, J. (2020). Systematic Polysemy. In D. Gutzmann, L. Matthewson, C. Meier, H. Rullmann, & T. Zimmermann (Éds.), The Wiley Blackwell Companion to Semantics (1re éd., p. 127). Wiley. https://doi.org/10.1002/9781118788516.sem099

Gotham, M. (2017). Composing Criteria of Individuation in Copredication. Journal of Semantics, 34, 331371. https://doi.org/10.1093/jos/ffw008

Séminaire OCRE
17/11/2022, 14h

Fabio Del Prete (Laboratoire CLLE)
Salle: D155, Maison de la recherche
  

Hypothétiques en italien

Les hypothétiques de l'irréalité dans le "système standard" de l'italien ont le subjonctif dans la protase et le conditionnel dans l'apodose et elles sont reparties en deux types, parfois appelés dans la littérature anglophone "one past counterfactual" ("1 past CF") et "two past counterfactual" ("2 past CF"). Je présenterai un type non-standard d'hypothétique de l'irréalité en italien dans lequel la protase et l'apodose sont toutes les deux à l'imparfait de l'indicatif ("hypothétiques imparfaites"). Les hypothétiques imparfaites, présentes également dans d'autres langues romanes, ont des caractéristiques remarquables : formellement plus simples que les hypothétiques de l'irréalité standard, elles en sont sémantiquement plus flexibles, s'adaptant à un plus grand nombre de contextes temporels et modaux. Dans cet exposé j'aborderai dans un premier temps la question de savoir quelle est la relation sémantique entre les hypothétiques imparfaites et les "1 past / 2 past CFs" du système standard. Je présenterai dans un deuxième temps une analyse qui vise à unifier l'interprétation de l'imparfait dans les hypothétiques et dans d'autres contextes. 

Séminaire OCRE
15/12/2022, 14h

Luisa Corona (Università degli studi dell’Aquila)
Salle: D155, Maison de la recherche
  

Moyens et stratégies d’expression de la Manière dans la langue parlée spontanée en italien

Comment la dimension du discours peut nous aider à définir cette notion?
 

La Manière a été traditionnellement considérée comme une primitive sémantique exprimant la façon dont une action est réalisée; elle a été décrite comme une catégorie réalisant une fonction fondamentalement descriptive, encodée par un inventaire d'éléments lexicaux ou morpho-syntaxiques (racines verbales ou compléments circonstanciels). Grâce au volume de Moline & Stosic (2016) sur l’expression de la Manière en français et aux études récentes de Stosic (cf. Stosic 2019, 2020), cette notion a été observée dans toute sa complexité: d'une part, des inventaires de plus en plus exhaustifs des moyens linguistiques permettant son expression ont été proposés, d'autre part, une réflexion sur le "statut ontologique" de cette notion, qui ne peut être considérée comme une primitive sémantique, a été engagée.

A travers une définition fonctionnelle et corpus-driven de cette notion, on peut développer un schéma d'annotation des constructions de Manière applicable à des dialogues spontanés: en italien, cette approche a été appliquée à des interactions spontanées extraites de corpus (VOLIP; KIParla). L'analyse des constructions de Manière dans les données interactionnelles parlées nous aide à détecter des faits intéressants. Grâce à l'analyse de la dimension discursive, on peut tout d’abord essayer de délimiter la Manière des autres notions limitrophes: cette distinction est souvent problématique, comme Moline & Stosic (2016) l’ont déjà fait remarquer. En outre, on peut observer que certaines stratégies pragmatiques telles que l'atténuation et l'approximation sont assez systématiquement utilisées par les locuteurs dans l'expression de la Manière: ce fait permet de remettre en question l'idée que la notion de Manière encode des changements “non-scalaires”, avancée par Levin & Rappaport Hovav (2013) et Rappaport Hovav & Levin (2010).

En termes plus généraux, l'étude de la dimension discursive nous permet d'observer que, loin d'être une notion descriptive statique, la Manière peut être considérée comme une catégorie interactive, graduable, co-construite par les locuteurs.

Références

Levin, Beth & Rappaport Hovav, Malka. 2013. Lexicalized meaning and Manner/Result complementarity. In Subatomic Semantics of Event Predicates, Boban Arsenijević, Berit Gehrke & Rafael Marín (eds.), 49-70. Dordrecht: Springer.

Moline, Estelle & Stosic, Dejan. 2016. L’expression de la manière en français. Paris: Editions Ophrys.

Rappaport Hovav, Malka & Levin, Beth. 2010. Reflections on Manner/Result complementarity. In Syntax, Lexical Semantics, and Event Structure, Edit Doron, Malka Rappaport Hovav & Ivy Sichel (eds), 21–38. Oxford: OUP.

Stosic, Dejan. 2019. Manner as a cluster concept: What does lexical coding of manner of motion tell us about manner? In The Semantics of Dynamic Space in French. Descriptive, Experi- mental and Formal Studies on Motion Expression [Human Cognitive Processing 66], Michel Aurnague & Dejan Stosic (eds.), 141–177. Amsterdam: John Benjamins.

Stosic, Dejan. 2020. Defining the concept of manner: An attempt to order chaos. In La semantica dello spazio, del movimento e della maniera, Luisa Brucale, Luisa Corona & Claudio Iacobini (eds). Special issue of Testi e Linguaggi 14: 127–150.