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Séminaires OCRE 2026-2027
19/11/2026, 14h
Laurent Gosselin (Université de Rouen, Laboratoire Dynamique du Langage in Situ)
Salle: E309, Maison de la recherche
Définir la causalité
Toutes nos explications, toutes nos controverses, nos accusations, nos justifications sont centrées sur des relations de causalité. À cet effet, les langues mettent à notre disposition une grande variété de moyens d’expression qui ont fait l’objet d’études approfondies : lexèmes, grammèmes, structures syntaxiques et textuelles… Mais qu’est-ce donc que cette causalité qui est exprimée par le langage ? Les linguistes proposent deux types de réponses. Soit ils considèrent qu’il s’agit d’une primitive sémantique, qu’il n’est ni possible ni utile de définir ; soit ils empruntent à la philosophie ou partagent avec la psychologie cognitive telle ou telle conception particulière.
Je présenterai un ouvrage, actuellement en fin de rédaction, qui montre d’abord que la notion de causalité n’a pas les propriétés d’une primitive et qu’il est donc nécessaire de la définir, puis qu’aucune des diverses conceptions philosophiques et psychologiques ne correspond exactement à ce dont le linguiste a besoin. Tout cela me conduit à proposer une définition nouvelle, fondée sur l’aspect de phase, de la causalité telle qu’elle se manifeste dans le langage. Cette définition permet d’apporter des réponses précises à un grand nombre d’énigmes discutées dans la littérature sur la question.
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17/12/2026, 14h
Daciana Vlad (Université d'Oradea)
Salle: E411, Maison de la recherche
Une modélisation de quelques phrasèmes constructionnels polémiques dans une perspective contrastive (français-roumain)
Cette communication traite de phraséologismes pragmatiques, récurrents dans l’interaction et plutôt informels, qui marquent différentes formes de rejet du dit et / ou du dire d’autrui, qui est qualifié d’invraisemblable, inacceptable, etc.
En nous appuyant sur des travaux récents proposant des approches constructionnelles dans le domaine de la phraséologie (Mellado Blanco 2022, Lyngfelt et al. 2018), nous étudierons, dans une perspective contrastive (français-roumain), quelques phrasèmes polémiques comme :
Qu’est-ce que tu (me) racontes / chantes (là)?!...
Cesse ton baratin / ton charabia…
Roum. Îți arde de glume / ironii?... ‘Tu as envie de faire des blagues / des ironies ?’
Ce tot îndrugi / vorbești / trăncănești (acolo)?... ‘Qu’est-ce que tu racontes / dis (là)?’
Lasă vorbăria / poveștile ‘Arrête le bavardage / tes histoires’
où l’on peut identifier des régularités au niveau lexico-syntaxique, à savoir une structure syntaxiques interrogative ou injonctive qui s’associe à un paradigme lexical contenant des lexèmes appartenant à une même classe sémantique, par exemple celle des verbes de plaisanterie (cf. Tutin & Grossmann 2023), dans le cas de Tu plaisantes / rigoles/ blagues / déconnes ?. Nous montrerons qu’il s’agit de phrasèmes constructionnels, qui associent ces schémas lexico-syntaxiques, plus ou moins productifs, à une fonction discursive spécifique (cf. Kauffer & Keromnes 2022), à savoir l’expression du désaccord dans l’interaction.
En nous appuyant sur des corpus comparables de la famille TenTen disponibles sur Sketch Engine (1) (frTenTen23 et roTenTen21), nous proposerons une modélisation de quelques phrasèmes polémiques constructionnels qui prendra en compte différents niveaux de traitement : syntaxique, sémantico-pragmatique et interactionnel. Nous observerons la productivité de ces constructions à partir du corpus et nous identifierons les constructions lexico-syntaxiques les plus productives, appartenant à ce que l’on pourrait appeler le « constructicon » (cf. Lyngfelt et al. 2018) du régime discursif polémique.
La composante contrastive de cette recherche vise à identifier des invariants phraséologiques conventionnalisés du polémique en contrastivité, ainsi que des divergences au niveau de la lexicalisation des mouvements discursifs polémiques dans les deux langues envisagées.
(1) https://www.sketchengine.eu
Références
Dargnat, M. (2022), « Mais enfin : construction et association », Langages, 225/1, p. 49-63, https://doi.org/10.3917/lang.225.0049.
Dostie, G. (2019), « Paramètres pour définir et classer les phrases préfabriquées : La vengeance est un plat qui se mange froid. Bon appétit ! », Cahiers de lexicologie, 114, Les phrases préfabriquées : Sens, fonctions, usages, p. 27-61.
Galatanu, O. (2021), « Les marqueurs illocutionnaires holophrastiques du désaccord: sémantisme et polyphonie fonctionnelle d’une classe de phraséologismes pragmatiques », Lexique, 29, p. 75-95.
Kauffer, M. & Keromnes, Y. (2022), « Aspects de la recherche actuelle en phraséologie. Présentation », Langages, 225, p. 9-18.
Lyngfelt, B., Borin, L., Ohara, K., Torrent, T. T. (eds) (2018), Constructicography: Constructicon development across languages, Amsterdam, John Benjamins.
Mellado Blanco, C. (2022), « Phraseology, patterns and Construction Grammar. An introduction», in C. Mellado Blanco (ed.), Productive Patterns in Phraseology and Construction Grammar. A Multilingual Approach, Berlin, De Gruyter, p. 1-25.
Tutin, A. & Grossmann, F. (2023), « Les phrases préfabriquées exprimant la surprise : vers l’élaboration de schémas sémantico-syntaxiques et pragma-sémantiques rendant compte des régularités », Studii de lingvistică, 13/2, p. 145-171.
Tutin, A., Grossmann, F., Rossi-Gensane, N. (à paraître), « Interactional prefabricated sentences with the French adverb comment: from sentence-specific studies to constructional phrasemes », John Benjamins.
Vlad, D. (2017), Pour une « grammaire » du polémique. Étude des marqueurs d’un régime discursif agonal, Cluj-Napoca / Oradea, Presa Universitară Clujeană & Editura Universităţii din Oradea.
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