Séminaires OCRE 2026-2027


    

Année universitaire 2026-2027

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Séminaire OCRE
15/10/2026, 14h

Laure Sarda (Laboratoire LATTICE, CNRS, ENS-PSL)
Salle: E411, Maison de la recherche

Passage : nominalisation, médialité et polysémie

 

Le nom passage, dérivé du verbe passer, présente une polysémie particulièrement riche. Il peut désigner par exemple un événement (le passage des coureurs, le passage de la frontière), un lieu (le passage souterrain), une possibilité de circulation (passage libre) ou encore un segment textuel (le passage du roman). Cette diversité soulève plusieurs questions : quels sens du verbe passer sont conservés dans le nom ? Qu'advient-il de sa structure argumentale ? Comment s'organisent les différentes significations de passage ?

À partir de données lexicographiques (TLFi), de corpus contemporains (FrTenTen2023), diachroniques (GGHF) et de corpus parallèles (Intercorp), l'étude examine d'abord les relations entre les emplois de passer et ceux de passage, dans la perspective des travaux sur la nominalisation (Heyvaert, 2003 ; Stosic & Amiot, 2011). La comparaison suggère que le nom ne reproduit pas l'ensemble de la polysémie du verbe (Dubois & Dubois-Charlier, 1997), mais en conserve principalement les emplois liés au déplacement et à la transition. L'analyse porte ensuite sur l'expression des arguments du nom, leur réalisation syntaxique et les rôles sémantiques qui leur sont assignés. Elle fait apparaître une forte affinité de passage avec la phase médiane du déplacement.

Dans le prolongement des travaux sur les déplacements médians (Aurnague & Stosic, 2002 ; Stosic, 2002, 2005 ; Aurnague, 2024), plusieurs configurations sont distinguées en prenant notamment appui sur la distinction entre changements d'emplacement (CEmpl) et changements de relation locative (CRel) (Aurnague, 2011) : franchissement d'une limite, traversée d'une étendue, parcours interne à un site, passage par un lieu intermédiaire, relation spatiale temporaire et présence transitoire dans un lieu. Ces configurations mettent en évidence la complexité de la phase médiane, qui ne se réduit pas à un simple intervalle entre le début et la fin d'un déplacement.

La dernière partie examine la polysémie événement/objet de passage (Barque, Haas & Huyghe, 2014). Les emplois exprimant l'accessibilité (un passage libre, laisser passage aux véhicules, se frayer un passage, barrer le passage) font l'objet d'une attention particulière et conduisent à s'interroger sur la distinction entre polysémie et facettes de sens (Cruse, 2000 ; Kleiber, 1999 ; Abrard & Stosic, 2021). Enfin, le développement des emplois discursifs de au passage constitue un dernier cas de diversification sémantique.

L'analyse met ainsi en évidence la diversité des structures spatiales et aspectuelles associées aux emplois médians caractéristiques du nom passage et apporte des éléments à la description des relations entre ses différentes acceptions.
 

Références

Abrard, O. & Stosic, D. (2021). Polysémie standard et facettes de sens vues au travers du prisme de la diversité linguistique : entre la variation et la régularité. Lexique, 28, 9–33.

Aurnague, M. (2011). How motion verbs are spatial: The spatial foundations of intransitive motion verbs in French. Lingvisticæ Investigationes, 34(1), 1–34.

Aurnague, M. (2024). Expression of autonomous motion and “mediality”: Some remarks. Présentation au séminaire du projet ANR SALTA.

Aurnague, M. & Stosic, D. (2002). La préposition par et l'expression du déplacement : vers une caractérisation sémantique et cognitive de la notion de “trajet”. Cahiers de lexicologie, 81, 113–139.

Barque, L., Haas, P. & Huyghe, R. (2014). La polysémie nominale événement/objet : quels objets pour quels événements ? Neophilologica, 26, 170–187.

Cruse, D. A. (2000). Lexical “facets”: Between monosemy and polysemy. Dans S. Beckmann, P.-P. König & T. Wolf (dir.), Sprachspiel und Bedeutung, 25–36. Tübingen : Niemeyer.

Dubois, J. & Dubois-Charlier, F. (1997). Les verbes français. Paris : Larousse.

Heyvaert, L. (2003). A Cognitive-Functional Approach to Nominalization in English. Berlin/New York : Mouton de Gruyter.

Kleiber, G. (1999). Problèmes de sémantique : la polysémie en question. Villeneuve-d'Ascq : Presses universitaires du Septentrion.

Stosic, D. (2002). Les prépositions spatiales par et à travers : convergences et divergences. Scolia, 15, 143–156.

Stosic, D. (2005). Prendre par le sentier à travers le bois ou comment à travers (se) fraie un chemin. Prépositions et conjonctions de subordination, May 2001, Timisoara, Roumanie. pp.207-218. ⟨halshs-00272902⟩

Stosic, D. & Amiot, D. (2011), Du verbe au nom: le déplacement en question, Colloque franco-roumain – NominalisationS, Université d’Artois, Arras (18-20 mai 2011).

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Séminaire OCRE
19/11/2026, 14h

Laurent Gosselin (Université de Rouen, Laboratoire Dynamique du Langage in Situ)
Salle: E309, Maison de la recherche

Définir la causalité

 

Toutes nos explications, toutes nos controverses, nos accusations, nos justifications sont centrées sur des relations de causalité. À cet effet, les langues mettent à notre disposition une grande variété de moyens d’expression qui ont fait l’objet d’études approfondies : lexèmes, grammèmes, structures syntaxiques et textuelles… Mais qu’est-ce donc que cette causalité qui est exprimée par le langage ? Les linguistes proposent deux types de réponses. Soit ils considèrent qu’il s’agit d’une primitive sémantique, qu’il n’est ni possible ni utile de définir ; soit ils empruntent à la philosophie ou partagent avec la psychologie cognitive telle ou telle conception particulière.

Je présenterai un ouvrage, actuellement en fin de rédaction, qui montre d’abord que la notion de causalité n’a pas les propriétés d’une primitive et qu’il est donc nécessaire de la définir, puis qu’aucune des diverses conceptions philosophiques et psychologiques ne correspond exactement à ce dont le linguiste a besoin. Tout cela me conduit à proposer une définition nouvelle, fondée sur l’aspect de phase, de la causalité telle qu’elle se manifeste dans le langage. Cette définition permet d’apporter des réponses précises à un grand nombre d’énigmes discutées dans la littérature sur la question.
 

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Séminaire OCRE
17/12/2026, 14h

Daciana Vlad (Université d'Oradea)
Salle: E411, Maison de la recherche

Une modélisation de quelques phrasèmes constructionnels polémiques dans une perspective contrastive (français-roumain)

Cette communication traite de phraséologismes pragmatiques, récurrents dans l’interaction et plutôt informels, qui marquent différentes formes de rejet du dit et / ou du dire d’autrui, qui est qualifié d’invraisemblable, inacceptable, etc.

En nous appuyant sur des travaux récents proposant des approches constructionnelles dans le domaine de la phraséologie (Mellado Blanco 2022, Lyngfelt et al. 2018), nous étudierons, dans une perspective contrastive (français-roumain), quelques phrasèmes polémiques comme :

Fr.  plaisantes / rigoles / blagues / déconnes ?

      Qu’est-ce que tu (me) racontes / chantes (là)?!...

      Cesse ton baratin / ton charabia…

Roum.   Îți arde de glume / ironii?... ‘Tu as envie de faire des blagues / des ironies ?’

     Ce tot îndrugi / vorbești / trăncănești (acolo)?... ‘Qu’est-ce que tu racontes / dis (là)?’

     Lasă vorbăria / poveștile ‘Arrête le bavardage / tes histoires’

où l’on peut identifier des régularités au niveau lexico-syntaxique, à savoir une structure syntaxiques interrogative ou injonctive qui s’associe à un paradigme lexical contenant des lexèmes appartenant à une même classe sémantique, par exemple celle des verbes de plaisanterie (cf. Tutin & Grossmann 2023), dans le cas de Tu plaisantes / rigoles/ blagues / déconnes ?. Nous montrerons qu’il s’agit de phrasèmes constructionnels, qui associent ces schémas lexico-syntaxiques, plus ou moins productifs, à une fonction discursive spécifique (cf. Kauffer & Keromnes 2022), à savoir l’expression du désaccord dans l’interaction.

En nous appuyant sur des corpus comparables de la famille TenTen disponibles sur Sketch Engine (1) (frTenTen23 et roTenTen21), nous proposerons une modélisation de quelques phrasèmes polémiques constructionnels qui prendra en compte différents niveaux de traitement : syntaxique, sémantico-pragmatique et interactionnel. Nous observerons la productivité de ces constructions à partir du corpus et nous identifierons les constructions lexico-syntaxiques les plus productives, appartenant à ce que l’on pourrait appeler le « constructicon » (cf. Lyngfelt et al. 2018) du régime discursif polémique.

La composante contrastive de cette recherche vise à identifier des invariants phraséologiques conventionnalisés du polémique en contrastivité, ainsi que des divergences au niveau de la lexicalisation des mouvements discursifs polémiques dans les deux langues envisagées.

 

(1) https://www.sketchengine.eu
 

Références 

Dargnat, M. (2022), « Mais enfin : construction et association », Langages, 225/1, p. 49-63, https://doi.org/10.3917/lang.225.0049.

Dostie, G. (2019), « Paramètres pour définir et classer les phrases préfabriquées : La vengeance est un plat qui se mange froid. Bon appétit ! », Cahiers de lexicologie, 114, Les phrases préfabriquées : Sens, fonctions, usages, p. 27-61.

Galatanu, O. (2021), « Les marqueurs illocutionnaires holophrastiques du désaccord: sémantisme et polyphonie fonctionnelle d’une classe de phraséologismes pragmatiques », Lexique, 29, p. 75-95.

Kauffer, M. & Keromnes, Y. (2022), « Aspects de la recherche actuelle en phraséologie. Présentation », Langages, 225, p. 9-18.

Lyngfelt, B., Borin, L., Ohara, K., Torrent, T. T. (eds) (2018), Constructicography: Constructicon development across languages, Amsterdam, John Benjamins.

Mellado Blanco, C. (2022), « Phraseology, patterns and Construction Grammar. An introduction», in C. Mellado Blanco (ed.), Productive Patterns in Phraseology and Construction Grammar. A Multilingual Approach, Berlin, De Gruyter, p. 1-25.

Tutin, A. & Grossmann, F. (2023), « Les phrases préfabriquées exprimant la surprise : vers l’élaboration de schémas sémantico-syntaxiques et pragma-sémantiques rendant compte des régularités », Studii de lingvistică, 13/2, p. 145-171.

Tutin, A., Grossmann, F., Rossi-Gensane, N. (à paraître), « Interactional prefabricated sentences with the French adverb comment: from sentence-specific studies to constructional phrasemes », John Benjamins.

Vlad, D. (2017), Pour une « grammaire » du polémique. Étude des marqueurs d’un régime discursif agonal, Cluj-Napoca / Oradea, Presa Universitară Clujeană & Editura Universităţii din Oradea.
 

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