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Thèse Aurélien Moliner
26 février à 14 h, salle D29 (MDR - Université Toulouse Jean Jaurès)
Titre : Faire comprendre les mécanismes de l'autisme en situation d'apprentissage grâce à la Réalité Virtuelle Incarnée
Jury :
André TRICOT, Professeur des universités, Université Paul Valéry Montpellier 3 (Rapporteur)
Valérie GOURANTON, Professeure des universités, Université de Rennes (Rapporteure)
Jean-Michel BOUCHEIX, Professeur émérite, Université de Bourgogne (Examinateur)
Lucie BOUVE, Maîtresse de conférences, Université Toulouse II Jean Jaurès (Examinateur)
Franck AMADIEU, Professeur d'université, Université Toulouse Jean Jaurès (Directeur de thèse)
David PANZOLI, Maître de conférences, INUC (Co-directeur de thèse)
Résumé
Cette thèse interdisciplinaire, au croisement de la psychologie cognitive et de l'informatique, examine l'efficacité de la réalité virtuelle incarnée (RVI) comme outil de sensibilisation au trouble du spectre de l'autisme (TSA) auprès des enseignants. S'appuyant sur le modèle CAMIL (Cognitive-Affective Model of Immersive Learning) de Makransky et Petersen (2021), cette recherche interroge les mécanismes psychologiques par lesquels l'immersion virtuelle peut favoriser la compréhension du fonctionnement cognitif des personnes avec TSA et modifier les attitudes à leur égard. Le cadre théorique mobilise les modèles explicatifs du fonctionnement cognitif dans le TSA, comme le modèle Enhanced Perceptual Functioning (EPF) de Mottron et al. (2006), et les théories de l'apprentissage en environnement immersif, avec une attention portée aux concepts de présence, d'agentivité et d'empathie. L'objectif central consiste à évaluer si l'incarnation d'un avatar représentant une personne avec TSA peut générer une expérience empathique suffisamment significative pour induire une meilleure compréhension des particularités sensorielles et cognitives du TSA. Un apport majeur réside dans la conception et le développement d'un dispositif de RVI fonctionnel, déployé sur casque occlusif (HMD). L'environnement virtuel simule une salle de classe du point de vue d'une personne avec TSA, intégrant des modifications perceptives (hypersensibilités auditives et visuelles) et des mécaniques d'interaction permettant d'expérimenter les difficultés caractéristiques du TSA. Cette dimension technique constitue une contribution méthodologique importante, articulant contraintes ergonomiques, objectifs pédagogiques et validité écologique. La méthodologie repose sur deux expérimentations menées auprès d'enseignants. La première étude (N = 112) compare quatre conditions : RVI, réalité virtuelle non incarnée sur écran plat, diaporama audio et diaporama. La seconde (N = 67) affine le protocole avec une refonte de l'outil. Les variables mesurées incluent la présence, l'agentivité, l'empathie envers l'avatar, les connaissances factuelles sur le TSA et les stéréotypes. Les résultats révèlent une validation partielle du modèle CAMIL. Les variables présence, agentivité et empathie sont significativement plus élevées en condition RVI qu'en condition vidéo, validant la voie affective du modèle. Cependant, aucun avantage significatif de la RVI n'est observé pour l'acquisition de connaissances factuelles. Paradoxalement, l'introduction de pauses pédagogiques structurées améliore significativement l'efficacité de la RVI, démontrant que l'immersion seule ne garantit pas l'apprentissage. Concernant le changement d'attitude, si une réduction des stéréotypes est observée, l'effet reste modeste et ne se traduit pas par une modification substantielle des attitudes explicites. Cette recherche apporte plusieurs contributions. Sur le plan théorique, elle révèle les limites du modèle CAMIL dans son application au domaine socio-affectif et identifie les variables modératrices manquantes. Sur le plan méthodologique, elle démontre l'importance d'une approche intégrative combinant immersion, guidage pédagogique et temps de réflexion. Sur le plan technique, elle propose un dispositif de RVI opérationnel et reproductible. Les implications pratiques soulignent que la RVI doit s'inscrire dans une approche pédagogique plus large, combinant expériences immersives, rencontres avec des personnes avec TSA, formations théoriques et accompagnement réflexif. L'optimisation de l'efficacité pédagogique passe moins par l'amélioration de la fidélité technologique que par la sophistication du design pédagogique. En conclusion, cette recherche contribue à une vision scientifiquement fondée de l'intégration de la réalité virtuelle dans les pratiques de sensibilisation, démontrant que son efficacité dépend moins de ses propriétés technologiques que de son articulation avec une ingénierie pédagogique adaptée.