Thèse Jasmin ABULARACH MENDOZA

27 novembre à 14h00, salle F422-F423 (MDR - Université Toulouse Jean Jaurès)

Titre : Études de la transparence des noms déverbaux en portugais langue première et additionnelle : Du corpus à la tâche de décision lexicale
 

Jury 
Marzena WATOREK, Professeure des universités, Université Paris 8 Vincennes Saint-Denis (Rapporteure)
Gustavo ESTIVALET, Professor Adjunto, Universidade Federal da Paraíba (UFPB) (Rapporteur)
Hélène GIRAUDO, Directrice de recherche CNRS, Université Toulouse Jean Jaurès (Examinatrice)
Vanessa MEIRELES, Maîtresse de conférences, Université Paul Valéry Montpellier 3 (Examinatrice)
Fabio MONTERMINI, Directeur de recherche CNRS, CLLE, Université Toulouse II Jean Jaurès (Directeur de thèse)
Cyrille GRANGET, Professeure des universités, LNPL, Université Toulouse II Jean Jaurès (co Directrice de thèse)

Résumé
La transparence du lexique dans une langue additionnelle (Ln) est souvent abordée au moyen d’oppositions catégorielles : mot transparent/opaque en morphologie, cognat/quasi-cognat, voire double ou triple cognat en contexte multilingue (Dijkstra et al., 2010 ; Lemhöfer et al., 2004). Efficaces pour isoler des effets translinguistiques dans le traitement lexical, ces oppositions rendent difficilement compte de la variation interne à chaque catégorie et, dans un répertoire multilingue, de la pluralité des relations qu'un même mot entretient avec d'autres unités. Cette thèse envisage la transparence comme une propriété relationnelle et graduelle du lexique (Hathout & Namer, 2019 ; Libben, 2015) et pose deux questions : d’une part, comment décrire et opérationnaliser les relations entre les mots d’une langue du répertoire multilingue (niveau intralinguistique) et entre ces mots et ceux d’autres langues du même répertoire (niveau interlinguistique) ? D’autre part, dans quelle mesure ces relations intra- et interlinguistiques sont-elles mobilisées par le locuteur lors de l'accès lexical ? L'hypothèse générale est que la transparence reflète l'ancrage d'un mot dans un réseau lexical multilingue, et que cet ancrage varie par degrés et se consolide avec l'intégration de la langue additionnelle au répertoire. Quatre études portent sur les noms déverbaux du portugais brésilien, langue première et additionnelle. La première décrit la transparence intralinguistique de 3 328 noms issus du LexPorBr (Estivalet & Meunier, 2015) au moyen d'un indice composite (ICT_intra) réunissant la relation fréquentielle entre le dérivé et sa base, la continuité formelle et la connectivité lexicale. Chaque dimension apportant une information distincte, la transparence résulte de leur degré de convergence. La deuxième étude associe 1 173 noms à leurs équivalents français, espagnols et anglais, et mesure leurs distances orthographiques par la distance de Levenshtein. Elle met au jour un espace graduel et asymétrique, un même nom pouvant être formellement proche de son équivalent dans une langue et éloigné dans une autre. Deux études expérimentales 3 et 4 vérifient la pertinence de ces mesures à travers les performances de 37 locuteurs du portugais L1 et 59 apprenants du portugais Ln, de L1 français et de l'espagnol L2 dans une tâche de décision lexicale en portugais. Chez les natifs, les noms les plus transparents sont reconnus plus rapidement, sans différence de précision. Chez les apprenants, la transparence intralinguistique favorise l'identification correcte des noms, mais non sa rapidité, et cet effet s'accentue avec la compétence en portugais. La proximité avec le français facilite à la fois la rapidité et la précision de la reconnaissance, alors que la proximité avec l'espagnol en favorise surtout la précision, et d'autant plus que les apprenants maîtrisent cette langue. Ces résultats nuancent deux oppositions établies, celle entre traitement décompositionnel (Rastle et al., 2004) et représentation supralexicale de la morphologie (Giraudo & Grainger, 2001), puisque tous les stimuli sont dérivés alors que leurs effets varient de manière continue, et celle entre influence de la L1 et de la L2 sur la Ln (Bardel & Falk, 2007), la contribution d'une langue dépendant de la relation propre à chaque mot et de la maîtrise du locuteur. Compatibles avec l'accès lexical non sélectif (Dijkstra & Van Heuven, 2002) et l'apprentissage connexionniste (Plaut & Gonnerman, 2000), ils conduisent à définir la transparence par deux propriétés complémentaires, son ancrage dans le réseau lexical, propriété descriptive graduelle qui peut reposer sur différentes combinaisons de relations, et son interprétabilité, propriété fonctionnelle qui dépend de l'expérience du locuteur.