Thèse Robin Cazes

3 décembre 2025 9h30, salle D31, Maison de la Recherche, Université Toulouse – Jean Jaurès

Titre
De l’impact de la colère sur les reprises volontaires du contrôle dans les véhicules hautement automatisés à l’évaluation d’un dispositif de régulation émotionnelle.

Jury
Patricia Delhomme, Directrice de recherche, Université Gustave Eiffel, Rapporteure
Nicolas Louveton, Maître de conférences HDR, Université de Poitiers, Rapporteur
Jean-Marie Burkhardt, Directeur de recherche, Université Gustave Eiffel, Examinateur
Amélie Rousseau, Professeure des universités, Université Toulouse Jean-Jaurès, Examinatrice
George Michael, Professeur des universités, Université Lumière Lyon 2, Examinateur
Céline Lemercier, Professeure, Université Toulouse Jean-Jaurès (directrice de thèse, CLLE)
Valérie Camps, Maîtresse de conférences, Université de Toulouse (co-directrice, IRIT)
 
Résumé
Les Véhicules Hautement Automatisés (VHA) de niveaux 4 et 5 transforment l’humain derrière le volant d’un conducteur actif en un conducteur-passager, que nous nommons « passaducteur » (ou drivenger). Dans ces types de véhicules, la sécurité ne dépend plus uniquement des performances du système automatisé. Elle dépend également d’une collaboration étroite entre le passaducteur et le système automatisé. Le premier doit s’abstenir de reprendre le volant lorsque le second est pleinement opérationnel et capable de conduire de manière automatisée. Or, la littérature s’est surtout concentrée sur la reprise imposée par le système (niveau 3), délaissant la question cruciale de la reprise volontaire de la conduite par le passaducteur, alors même que le VHA reste pleinement apte à conduire. Cette thèse examine le rôle des émotions négatives, en particulier de la colère, dans ces reprises volontaires jugées à risque. L’objectif global de cette thèse est double : (1) déterminer comment les facteurs situationnels induisant l’émotion de colère modulent l’intention comportementale et le comportement effectif de reprise, et (2) évaluer l’efficacité d’outils de régulation émotionnelle embarqués pour en limiter les effets indésirables.
Trois études empiriques, séquentielles et complémentaires, ont été menées. Premièrement, une enquête par scénarios (N = 313) a manipulé les facteurs situationnels déterminants de l’émotion de colère afin d’évaluer leur impact sur l’intention comportementale de reprise. Les situations de conduite (1) où le but était contrecarré (2), dont la responsabilité a été attribuée à un autre usager (3) et pour lesquelles le potentiel de contrôle était faible, ont suscité chez les participants, l’intention de reprise de la conduite la plus élevée. La deuxième étude est une expérience sur simulateur (N = 60). Nous avons créé deux scénarios de conduite consistant pour le participant à réaliser un parcours routier dans un véhicule hautement automatisé. Comparativement aux situations non conflictuelles, les situations en conflit avec le but du déplacement ont augmenté la fréquence des reprises de contrôle et les participants ont montré une augmentation de l’hostilité et de l’affect négatif, suggérant que la colère accompagne le passage de l’intention à l’action. Enfin, une troisième étude exploratoire a évalué, en ligne, auprès de 89 participants, l’impact de deux messages textuels de régulation émotionnelle inspirés des TCC, à savoir réévaluation cognitive et distanciation psychologique, présentés dans une interface de tableau de bord simulée d’un VHA. Les messages ont produit un effet mesurable, mais limité : la valence s’est orientée vers l’agréable après exposition, tandis que la colère, la frustration, l’anxiété, le stress et l’intention de reprise ont augmenté, sans différence significative entre les deux conditions. Ces résultats indiquent que, dans un contexte fortement frustrant, une incitation textuelle unique et statique demeure insuffisante pour atténuer des émotions négatives intenses ou réduire les reprises. 
Nos travaux montrent que l’état émotionnel de colère constitue un facteur critique dans l’interaction ou la coopération du passaducteur avec le système automatisé de conduite d’un véhicule de niveau 4/5. Nous proposons un cadre conceptuel qui explicite un lien causal : les dimensions situationnelles orientent l’évaluation cognitive ; cette évaluation déclenche des émotions qui, à leur tour, modulent l’intention, puis la reprise effective du contrôle. En rendant ce parcours observable, ce cadre indique quels facteurs surveiller et quels leviers d’intervention mobiliser pour concevoir des interfaces VHA plus sûres.