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Thèse Wuran LIN
7 décembre à 14h00, salle D31 (MDR - Université Toulouse II Jean Jaurès)
Titre : Analyse des constructions passives dans les écrits académiques d'apprenants sinophones
Jury
Freiderikos VALETOPOULOS, Professeur des universités, UNIL Université de Poitiers(Rapporteur)
Cristelle CAVALLA, Professeure des universités, Université Sorbonne Nouvelle (Rapporteur)
Chong QI, Maître de conférences, Université Paris Cité (Examinateur)
Mariella CAUSA, Professeure des universités, Université Bordeaux Montaigne (Examinatrice)
Badreddine HAMMA, Maîtresse de conférences, Université d'Orléans (Examinatrice)
Marie-Paule JACQUES, Professeure des universités, Université Toulouse II Jean Jaurès (Directrice de thèse)
Résumé
L’écriture scientifique en français repose sur une norme discursive exigeante qu’est l’effacement énonciatif. La voix passive, outil syntaxique d’objectivation par excellence, permet de placer l’objet de recherche au premier plan tout en atténuant la présence du chercheur. Pour les apprenants de FLE issus de traditions académiques différentes des universités chinoises, la maîtrise de cette stratégie constitue un enjeu majeur non seulement syntaxique mais aussi pragmatique et culturel. Cette thèse examine l’emploi de la voix passive dans l’écriture académique francophone des apprenants sinophones, en interrogeant la manière dont ces scripteurs allophones s’approprient les stratégies d’effacement énonciatif. La question de recherche est la suivante : dans quelle mesure les apprenants sinophones mobilisent-ils la construction passive dans leurs mémoires de master en français L2, et en quoi leurs usages divergent-ils de ceux des experts et des étudiants natifs francophones ? Quelles sont les causes possibles de ces divergences ? La rédaction académique en français constitue un double défi pour les scripteurs allophones, qui doivent à la fois s’approprier une langue étrangère et maîtriser les normes discursives du genre académique. Nous développons une approche nouvelle parce qu’une comparaison directe entre apprenants L2 et experts risquerait de confondre l’effet de langue d’écriture et l’effet d’expertise. Pour distinguer ces deux effets, la présente étude est donc menée sur trois corpus : un corpus Expert (161 articles scientifiques, 3 871 322 mots), un corpus L2 (50 mémoires de master d’étudiants chinois, 1 335 923 mots) et un corpus L1 (40 mémoires de master d’étudiants francophones natifs, 455 522 mots). La comparaison L2 vs L1 permet d’appréhender les écarts liés à la langue d’écriture, tandis que la comparaison L1 vs Expert examine ceux liés à l’acculturation au genre scientifique. La méthodologie combine analyses quantitatives (fréquence, répartition entre les cinq types de passif, gestion de l’agent) et qualitatives (fonctions pragmatiques notamment la thématisation, la progression textuelle et l’atténuation de la responsabilité). Les résultats révèlent des écarts significatifs entre les trois groupes. La fréquence du passif décroît des experts (29,42 %) aux étudiants natifs (15,42 %) puis aux apprenants L2 (11,95 %). Les étudiants natifs présentent des utilisations divergentes de celles des experts, notamment en thématisation anaphorique et en progression informationnelle. Les productions L2 se caractérisent par une simplification typologique et une appropriation partielle des fonctions discursives. Ces écarts s’expliquent par plusieurs facteurs convergents. Le transfert typologique de la L1 se manifeste. Le chinois mandarin, langue à prédominance topique, organise l’information différemment du français, langue à prédominance sujet, et le passif bèi porte une valeur adversative en décalage avec le passif français neutre. La charge cognitive de la rédaction en L2 contraint à des stratégies compensatoires (évitement, simplification, blocs préfabriqués). Une acculturation insuffisante au genre scientifique se dessine pour tous les étudiants. Les natifs peinent à adopter la posture énonciative requise, tandis que les L2 doivent simultanément s’acculturer au genre et maîtriser les ressources en langue étrangère. Enfin, l’apprentissage du passif s’opère par exemplaires (item-based learning) plutôt que par intégration d’une règle discursive générale. Sur le plan didactique, l’analyse de manuels de FLE chinois révèle un traitement insuffisant du passif dans ses dimensions pragmatiques. La thèse propose des pistes pédagogiques concrètes pour un enseignement fonctionnel du passif. L’enseignement de cette diathèse ne saurait se limiter à la maîtrise syntaxique mais doit intégrer explicitement ses fonctions discursives afin d’accompagner les apprenants dans l’appropriation des conventions du genre scientifique francophone.